La loi

Définition

« La loi est une certaine règle et une mesure des actes, selon laquelle on est amené à agir ou retenu d’agir…Or la règle et la mesure des actes humains est la raison, premier principe des actes humains. Il appartient en effet à la raison d’ordonner quelque chose à une fin. Or la fin est le premier principe de toute action. D’où il suit que la loi relève de la raison. »

                                                                       Saint Thomas – Som. Théol. – I, II, 90, 1

« Pour que la volonté de ce que l’on commande ait valeur de loi, il importe qu’elle soit réglée par quelque raison. C’est ainsi que l’on entend que la volonté du prince ait force de loi ; sinon la volonté du prince serait bien plus une iniquité qu’une loi. »

                                                                       Saint Thomas – Som. Théol. – I, II, 90, 1

Loi et bien commun

« La loi, à proprement parler, vise d’abord et principalement l’ordre en vue du bien commun. »

                                                                       Saint Thomas – Som. Théol. – I, II, 90, 3

« La loi est une disposition de la raison en vue du bien commun établie et promulguée par celui qui a la charge de la communauté.

La loi n’est rien d’autre qu’un jugement de la raison pratique venant du prince qui gouverne une communauté parfaite. Or il est manifeste, étant établi que le monde est régi par la divine Providence, que l’entière communauté de l’univers est gouvernée par la raison divine. C’est pourquoi la raison même du gouvernement des choses, existant en Dieu comme prince de l’univers, a la qualité d’une loi. »

                                                                       Saint Thomas – Som. Théol. – I, II, 91, 1

Loi éternelle et loi naturelle

« Puisque tous les êtres qui sont soumis à la divine Providence sont réglés et mesurés par la loi éternelle, il est clair que ces êtres participant en quelque façon à la loi éternelle autant que recevant l’impression de cette loi en eux-mêmes, ils ont des inclinations à leurs actes et à leurs fins propres. Or parmi tous les êtres, la créature raisonnable est soumise à la divine Providence sous un mode plus excellent, en tant qu’elle participe elle-même à cette providence, pourvoyant à elle-même et aux autres. Il y a donc en elle une participation à la loi éternelle par laquelle elle a une inclination naturelle à ses fins et à ses actes. Une telle participation de la loi éternelle dans la créature raisonnable est appelée loi naturelle. »

                                                                       Saint Thomas – Som. Théol. – I, II, 91, 12

Loi naturelle et loi humaine

« Il est nécessaire que la raison humaine, à partir des préceptes de la loi naturelle qui sont comme des principes communs et indémontrables, parvienne à certaines dispositions plus particulières. Et ces dispositions particulières découvertes par la raison humaine sont appelées lois humaines pourvu que soient observées les autres conditions qui concernent la notion de loi. »

                                                                       Saint Thomas – Som. Théol. – I, II, 91, 3


Lois justes – lois injustes

« Parmi les choses humaines, une chose est dite juste du fait qu’elle est conforme à la règle de la droite raison. Mais la règle première de la raison est la loi naturelle. Pourtant, toute loi humaine n’aura raison de loi que dans la mesure où elle dérive de la loi naturelle. »

                                                                       Saint Thomas – Som. Théol. – I, II, 95, 2

« Et les lois sont dites justes, soit par rapport à leur fin, si elles sont conformes au bien commun, soit par rapport à leur auteur, si elles n’excèdent pas le pouvoir de celui qui les promulgue, soit par rapport à leur forme, si elles imposent des charges équitablement réparties en vue du bien commun….

…Les lois injustes sont de deux sortes. Il y a d’abord celles qui sont contraires au bien commun… soit en raison de leur fin, par exemple quand un chef impose à ses subordonnés des lois onéreuses qui profitent à sa cupidité ou à sa gloire plus qu’au bien commun ; soit en raison de leur auteur…soit encore en raison de leur forme, lorsque les charges destinées au bien commun sont inégalement réparties dans la communauté. »

                                                                       Saint Thomas – Som. Théol. I,II, 96, a 4

« Toute loi est ordonnée au salut commun des hommes, et c’est en cela qu’elle a force et raison de loi ; une loi qui se trouve en défaut sur ce point n’a plus le devoir d’obliger ; d’où le mot du législateur : « aucune raison de droit, aucun bienfait de justice ne permet que ce qui est sainement établi pour le salut des hommes, soit tourné, par une interprétation excessive, contre le bien-être des hommes….S’il se présente un cas où l’observance d’une loi serait dommageable au salut commun, il ne faut pas observer la loi. »

                                                                       Saint Thomas – Som. Théol. I,II, 96, a 6

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