La justice

« Absolument parlant, la première des vertus morales est la prudence, mais du point de vue de l’obligation, c’est la justice qui est première, parce qu’elle objet de précepte. Voilà pourquoi les principaux préceptes de la loi, c’est à dire du Décalogue, se rattachent à la justice. »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 56, a 1

Définitions
La justice en tant qu’acte :
« La justice est une constante et perpétuelle volonté d’attribuer à chacun ce qui lui est dû. »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 58, a 1

« L’acte vertueux doit être d’abord accompli en connaissance de cause, ensuite choisi pour une fin légitime, enfin réalisé sans défaillance. »
                        Aristote (cité par St Thomas) – Ethique Livre 2

La justice en tant qu’habitude :
« La justice est l’habitude par laquelle, d’une volonté constante et perpétuelle, on donne à chacun ce qui lui est dû. »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 58, a 1

“La justice a pour fonction de diriger la conduite de l’homme dans ses rapports avec autrui. »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 58, a 12

Justice légale, justice particulière
« Pour régler les rapports avec autrui, la justice légale suffit en principe, mais si elle est amplement suffisante lorsqu’il s’agit du bien commun, pour le bien privé, elle ne saurait suffire par elle-même ; c’est pourquoi il faut une justice particulière pour tenir compte scrupuleusement du bien privé d’autrui. »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 58, a 7

« Si l’on considère la justice légale, il est évident qu’elle est la plus belle des vertus morales, étant donné que le bien commun l’emporte sur le bien privé des particuliers. »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 58, a 12

“Quant à la justice particulière, elle est pour deux raisons, la meilleure parmi les autres vertus morales. La première raison vient de ce que cette vertu a son siège dans la partie la plus noble de l’âme, c’est à dire l’appétit rationnel de la volonté. La deuxième raison vient de l’objet de cette vertu. En effet le mérite de la justice tient au bien que l’homme vertueux réalise dans ses rapports avec autrui. »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 58, a 12
 

Justice commutative
Elle concerne
« la relation de personne à personne dont l’objet est constitué par les échanges mutuels entre deux personnes. »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 61, a 1

« Dans ces échanges, on rend une chose à une personne parce que l’on a reçu d’elle autre chose ; l’exemple le plus clair est celui de la vente et de l’achat…
…Il faut égaler objet à objet, de telle façon que si l’on détient sur la part d’autrui plus que ce à quoi l’on a droit, il faut restituer ce supplément »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 61, a 2

St Thomas précise que c’est la différence qui régit la justice commutative.
« Si deux personnes ont chacune 5, et que l’une reçoive 1 de ce qui appartient à l’autre, elle aura 6 et il restera 4 à l’autre. La justice consistera à rétablir l’équilibre en enlevant 1 à celle qui a 6 pour le donner à celle qui a 4. »
Saint Thomas – Sum theol. II, II, 61, a 2

Justice distributive
Elle concerne
« les rapports des personnes à la communauté. Son objet est de répartir proportionnellement le bien commun. »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 61, a 1

“La justice distributive consiste à donner quelque chose à quelqu’un en raison de ce principe que ce qui appartient au tout est dû à la partie ; et ce qui est ainsi dû est d’autant plus grand que la partie occupe une plus grande place dans le tout. C’est pourquoi la justice distributive attribue à chacun une part du bien commun proportionnée à l’importance de chacun à l’intérieur de la communauté »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 61, a 2

St Thomas précise que c’est la proportion qui régit la justice distributive.
« La justice distributive n’est pas établie d’après l’égalité d’une chose avec une autre, mais selon une proportion entre les choses et les personnes. »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 61, a 2

« L’égalité n’est pas quantitative, mais proportionnelle. On dit par exemple que 6 est à 4 dans la proportion de 3 à 2 »
                        Saint Thomas – Sum theol. II, II, 61, a 2

Ainsi on donnera 1 à celui qui a 2 et il aura 3 et on donnera 2 à celui qui a 4 et il aura 6.

Compensation
« Le principe de la justice commutative exige une compensation égalitaire, c’est à dire que ce que l’on subit soit égal à ce que l’on fait. Or il n’y aurait pas toujours égalité si l’on devait subir ce que l’on a fait.
Celui qui porte tort injustement à un personnage qui lui est supérieur cause un préjudice plus grand que celui qu’il subirait si le même tort lui était infligé.
Le voleur cause à autrui un préjudice plus grave qu’il n’en subirait lui-même si l’on se contentait de lui retirer ce qu’il a volé, car dans ce cas le voleur aura causé un dommage, mais n’en subira aucun. Il doit être puni et il doit restituer plus que ce qu’il a pris, puisqu’il porte tort non seulement à un individu, mais encore à l’Etat dont il trouble la sécurité intérieure. »
                            Saint Thomas – Sum theol. II, II, 61, a 4

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