Le travail

Nécessité et épanouissement

Le travail est à la fois, pour l’homme, une nécessité et une source d’épanouissement.

Nécessité, car c’est par le travail que l’homme se procure les biens que lui offre la nature, mais qu’il lui faut le plus souvent transformer pour les rendre utilisables, se distinguant ainsi des animaux qui trouvent dans la nature, à l’état brut, ce dont ils ont besoin.

Le travail est une marque de la Providence Divine, Dieu ayant donné à l’homme les aptitudes et les moyens nécessaires :

Ce n’est pas le travail qui est une conséquence du péché originel,mais sa pénibilité

(« Tu travailleras à la sueur de ton front »).

Dieu a également voulu que l’homme fasse usage de sa liberté pour organiser, par son travail, l’obtention des biens nécessaires à son existence. Mais par l’effet de sa justice, Dieu lui a permis, par l’acquisition de biens, fruits de son travail, d’acquérir plus de liberté.

Le travail est aussi l’occasion, pour l’homme, d’acquérir les mérites qui lui seront accordés dans la vie future.

Au-delà de ce caractère de nécessité, que beaucoup d’hommes considèrent comme une contrainte dont ils cherchent à s’affranchir, le travail préserve l’homme de l’abrutissement et de la dégénérescence.

Mais Dieu a réservé à l’homme un privilège qu’il n’a accordé à aucune autre créature, car bien au-delà de sa propre sphère d’influence, l’homme, par son travail, participe, aux côtés de Dieu, à l’œuvre de la Création. Il est « cause relative, consciente, intelligente, volontaire à l’image de la Cause absolue. » ( Michel Creuzet – le Travail).

« Le travail chasse l’oisiveté, réprime la concupiscence, nous met en état de faire l’aumône. »

                                                           Saint Thomas d’Aquin – Som.Théol. Iia – Iiæ. qu. 187

« La journée de travail du chrétien – apparemment non différente de celle des autres hommes et dédiée comme telle aux choses d’ici-bas – est, dès maintenant plongée dans l’éternité. »

                                                                                              Pie XII - Allocution

Biens matériels ordonnés aux biens spirituels

Composé d’un corps et d’une âme, l’homme doit à la fois rechercher, pour les utiliser, les biens spirituels et les biens matériels, en étant, à cause du péché originel, plus orienté vers les biens matériels immédiatement accessibles à nos sens.

Pourtant les biens spirituels l’emportent sur les autres, qui ne sont que des moyens pour acquérir les premiers :

« Les biens de la terre sont naturellement ordonnés à la vie de l’esprit et à une perfection plus haute de la vie civile, morale et religieuse, nécessaire à l’homme raisonnable. »

                                                                       Pie XII – Message du 24 décembre 1943

Enfin s’il fallait se convaincre de la noblesse intrinsèque du travail, il suffit de se rappeler que Notre Seigneur a, non seulement, laissé St Joseph exercer son métier de charpentier, mais l’a lui-même secondé et a continué jusqu’à ce que commence sa vie publique.

La rémunération du travail

La rémunération du travail est légitime ; c’est elle qui permet à celui qui travaille de se nourrir et de vivre.

La rémunération du travail est juste ; le salaire est un contrat de louage de travail qui ne peut être remplacé par un contrat de société soumis aux directives de l’État.

Justice ne signifie pas égalité. L’inégalité des salaires se justifie par les différences de responsabilités exercées.

« Conserver l’existence est un devoir imposé à tous les hommes …De ce devoir découle nécessairement le droit de se procurer les choses nécessaires à la subsistance que le pauvre ne se procure que moyennant le salaire de son travail. »

« Il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l’ouvrier sobre et honnête. »

« L’ouvrier qui percevra un salaire assez fort pour parer aisément à ses besoins et à ceux de sa famille, s’appliquera, s’il est sage, à être économe…Il visera, par de prudentes épargnes, à se ménager un petit superflu qui lui permette de parvenir un jour à l’acquisition d’un modeste patrimoine. »

                                                                       Léon XIII – Rerum Novarum - §479

Les éléments de la rémunération sont de quatre types :

-          le minimum vital ou salaire de base ;

-          la diversité des travaux demandés liée à la nature du métier, à la longueur de l’apprentissage, au risque de chômage, la confiance accordée à celui dont on a sollicité les services, les chances de succès,

-          la part des aptitudes personnelles et du rendement, liée à la conscience professionnelle, au courage, à l’honnêteté ;

-          les allocations diverses et services sociaux liés à la situation familiale.

« Les patrons et les ouvriers eux-mêmes peuvent singulièrement aider à la solution de la question par toutes les œuvres propres à soulager efficacement l’indigence…De ce nombre sont les sociétés de secours mutuels ; les institutions diverses, dues à l’initiative privée, qui ont pour but de secourir les ouvriers ainsi que les veuves et leurs orphelins, en cas de mort, d’accidents ou d’infirmités. »

                                                                       Léon XIII – Rerum Novarum - §484

La formation

L’ignorance étant une des conséquences de la chute originelle, la première forme de travail que l’homme découvre et pratique est celle l’enfant auprès de ses parents en prenant sa part des travaux de la famille et surtout à l’école puis plus tard dans l’apprentissage d’un métier.

Par la suite, le développement de ses compétences ne se termine pas avec la fin de sa scolarité. L’Église a tenu à réaffirmer les principes qu’elle défendait déjà dans le monde corporatif où l’apprenti, devenu compagnon continuait à se perfectionner pendant de longues années pour acquérir la maîtrise de son métier. Aujourd’hui plus que jamais tout travailleur a le droit et le devoir de continuer à se perfectionner tout au long de sa vie professionnelle.

La question de la formation serait incomplète si n’était pas pris en compte l’obligation pour celui qui a l’expérience d’en faire profiter les autres en leur communiquant son savoir et son savoir-faire. L’homme a le devoir de progresser et de faire progresser les autres.

« Celui qui renonce à devenir meilleur cesse déjà d’être bon » - St Bernard

Association capital travail

L’ Église est contre le capitalisme libéral, qui n’a d’autre fin que la recherche désordonnée du profit, mais encourage les formes de capitalisme qui visent à soutenir l’entreprise et à l’aider à procurer du travail.

« Au-dessus de la distinction entre ceux qui procurent et ceux qui exécutent le travail, que les homme s sachent voir et reconnaître cette unité plus haute qui se trouve dans tous ceux qui collaborent à la production, à savoir leur liaison et leur solidarité dans leur devoir de pourvoir ensemble, dans la stabilité, au bien commun et aux besoins de toute la communauté. »

                                                                                  Pie XII – Mars 1945

« Les ouvriers et employés sont appelés à participer à la propriété de l’entreprise, à sa gestion, et, en quelque manière, aux profits qu’elle apporte.

Il faut donc tout mettre en œuvre afin que, dans l’avenir du moins, la part des biens qui s’accumule aux mains des capitalistes soit réduite à une plus équitable mesure et qu’il s’en répande une suffisante abondance parmi les ouvriers. »

                                                                                  Pie XI – Quadragesimo Anno

 

« Il fallait qu’un bâton de chaise fût bien fait. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le patron, ni pour les connaisseurs, ni pour les clients du patron. Il fallait qu’il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même. Une tradition venue, montée du plus profond de la race, voulait que ce bâton de chaise fût bien fait, toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était exactement, aussi parfaitement faite que ce qu’on voyait.

C’est le principe même des cathédrales. »

Charles Péguy

Les cahiers de la quinzaine – Fév 1913

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