Généralités sur les corps intermédiaires

Définition
Groupes sociaux, groupements humains, situés entre l’individu isolé (ou la famille, cellule de base) et l’Etat.
Ils sont constitués :
-    soit naturellement
-    soit par accord délibéré
en vue d’atteindre une fin commune aux personnes qui les composent.

Ils sont complémentaires les uns des autres qu’on les considère sous l’angle :
-    géographique
-    professionnel
-    culturel
-    religieux
-    récréatif

Raisons d’être des corps intermédiaires
La vie sociale se caractérise par une très grande complexité qui rend nécessaire l’existence de corps intermédiaires divers :
-    dans leurs compositions ;
-    dans leurs caractéristiques ;
-    dans leur évolution.

Caractère éducatif des corps intermédiaires
Les corps intermédiaires exercent une valeur éducative :
-    en développant le sens des initiatives et l’exercice de la liberté et des responsabilités ;
-    en créant et en maintenant des traditions ;
-    en protégeant moralement les individus ;
-    en assurant la défense des particuliers ;
-    en préparant les conditions temporelles les plus favorables à leur ascension vers Dieu.

Développer le sens des initiatives
Une distinction s’impose entre les personnes qui vivent et bénéficient de l’activité des corps intermédiaires, celles qui participent directement ou indirectement à leurs activités et celles qui les font vivre ou président à leurs destinées.
C’est parmi celles qui participent que ceux qui président détectent les futurs chefs qui constitueront les nouvelles élites sociales en leur confiant des tâches leur permettant de mettre leurs qualités en valeur.
« La société s’élève, quand les vertus d’une classe se diffusent dans les autres. »
                    Pie XII – Allocution au patriciat et à la noblesse romaine

Par cet encouragement des initiatives, les corps intermédiaires favorisent l’émergence des classes moyennes, facteur important de la prospérité d’une nation.
 

Créer des traditions en favorisant l’enracinement
Par le brassage naturel des contacts, les corps intermédiaires sont des facteurs d’unité et de stabilité. Ils renforcent le sentiment d’attachement à l’œuvre commune entreprise, soit que celle-ci ait été initiée par les prédécesseurs avec mission de la poursuivre, soit que sa création récente engage ses initiateurs.

Protéger moralement les particuliers
L’observation de la vie sociale montre que lorsque les hommes sont intégrés à une ou plusieurs communautés, leurs comportements moraux s’en trouvent meilleurs comme s’ils craignaient le jugement de leurs semblables. Au pire, ils sont dans l’obligation de camoufler leurs méfaits ou d’en minimiser les circonstances et les effets.
A contrario, ceux qui se trouvent déracinés, sans attaches ou responsabilités sociales, dégénèrent au plan moral, se laissent aller aux dépravations, accentuant encore plus leur marginalisation et se révoltent au point de ne plus considérer que l’injustice de la société à leur égard.

Défendre les particuliers
Le développement de toutes les formes de totalitarisme et de pression :
-    des individus entre eux ;
-    de l’Etat ;
-    des collectivités plus grandes sur les plus petites ;
-    des moyens de communication
rend l’homme isolé de plus en plus vulnérable.
Seuls, les corps intermédiaires peuvent lui apporter les aides et les secours dont il a besoin.


Préparer l’ascension vers Dieu
« C’est dans les diverses communautés – imparfaites, parfaites, naturelles et surnaturelles – que tous les hommes sont appelés à poursuivre le Bien unique nécessaire, le Bien ultime, Dieu créateur et père des êtres faits à son image. Non, la personne humaine ne servira jamais et n’aimera jamais Dieu en dehors des communautés dont elle est partie fonctionnelle, et au sein desquelles elle a donc son office à remplir pour servir et aimer Dieu. »
                        Abbé Lefèvre – La poursuite des biens communs

Les corps intermédiaires s’inscrivent dans ce que Saint Ignace mentionne dans le Principe et Fondement de ses Exercices spirituels :
« …Et toutes les autres choses qui sont sur la terre ont été créées à cause de l’homme pour l’aider dans la poursuite de la fin que Dieu lui a marquée en le créant. D’où il suit qu’il doit en faire usage autant qu’elles le conduisent vers sa fin et qu’il doit s’en dégager autant qu’elles l’en détournent. »
La seconde phrase indique que l’homme, s’il a une mission à remplir dans les communautés dont il attend une aide, il ne doit pas pour autant s’y engager au détriment de ses autres devoirs d’état.

Actualité des corps intermédiaires
Parce qu’ils constituent des éléments naturels de la vie en société, les corps intermédiaires restent une nécessité et l’Église ne peut s’associer à toute entreprise visant à restreindre leur importance et leur champ d’activité.
Il serait aussi dommageable de rester fixé sur des formes d’activité qui, avec le temps, deviendraient inadaptées ou obsolètes.
Soumis à l’évolution de la vie sociale, les corps intermédiaires doivent être eux-mêmes capables d’évoluer, voire même d’anticiper, d’orienter l’évolution de la vie sociale dans le sens du Bien commun.

Cas particulier de l’Église
Société parfaite par elle-même (possédant tous les moyens requis pour la fin qui est la sienne, mais elle n’est pas la seule), l’Église n’est pas et ne peut pas être considérée comme un corps intermédiaire.
En plus des autres sociétés parfaites, l’Église a une fin universelle, en raison de son caractère surnaturel.
« Elle doit agir à la fois au sommet, à la base et à tous les échelons de l’ordre social.
Cette exigence mérite d’être soulignée. Nous n’hésitons pas à y voir la manifestation, concrète et vraiment politique, de cette vérité spéculative : que la morale est la science universelle des actes humains, considérés comme tels, qu’il n’est, dès lors, aucun de nos actes, privés ou collectifs, qui ne dépende, peu ou prou, de son contrôle.»
                        Michel Creuzet – les corps intermédiaires

C’est cet état particulier qui permet à l’Église de remplir son rôle d’incitatrice et d’encouragement des corps intermédiaires. Elle les anime par l’esprit qu’il est de sa mission de leur communiquer. En retour, les corps intermédiaires, fidèles à cet esprit, créent les conditions favorables à l’action morale de l’Église.

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