Pouvoir spirituel et pouvoir temporel

A Pilate qui lui demande : « Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et pouvoir de te crucifier ? », Notre Seigneur répond : « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’était donné d’en haut. » - Jn XXIX, 8

A rapprocher de cette autre parole de Notre Seigneur :

« Tout pouvoir m’a été donné, au Ciel et sur la Terre. » - Matth XXVIII, 18

Ces propos, et bien d’autres, posent le problème de l’origine du pouvoir civil, celui de sa finalité et celui des limites et des conditions de son exercice.

Ils déterminent également les rapports du pouvoir civil avec le pouvoir religieux.

Les deux extrêmes

Le pouvoir civil s’affranchit de toute dépendance à l’égard du pouvoir religieux et considère qu’il est absolument libre envers Dieu et de toute loi divine. S’il consent à ce que l’Église exerce un pouvoir, c’est uniquement dans le domaine religieux à l’exclusion de tout autre.

C’est le laïcisme.

Le pouvoir religieux considère qu’il est de son devoir d’intervenir dans les questions d’ordre naturel au même titre et de la même façon que dans les questions d’ordre spirituel. Dans ce cas, c’est le pouvoir religieux qui exerce le pouvoir civil au nom et pour le compte de Dieu.

C’est la théocratie.

Le rejet de ces deux extrêmes ne signifie pas pour autant que les deux pouvoirs sont strictement séparés.

Les relations du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel

Parce que Notre Seigneur est Roi des Nations et que son règne n’aura pas de fin (Luc I, 33), Il impose sa loi, par l’intermédiaire de son Église, à tous les souverains de toutes nations et de tous temps.

Mais de la même façon que Dieu a créé l’homme libre et donc responsable de ses actes, cette même liberté est accordée aux gouvernants. C’est à eux de définir les lois civiles qui doivent favoriser le bien-être de tous leurs sujets sans négliger le bien commun du peuple ; mais ils doivent aussi accorder à l’Église toutes les conditions matérielles, morales, intellectuelles nécessaires au salut des âmes qu’elle a pour mission d’assurer.

Il appartient à l’Église de définir les principes et caractéristiques d’un bon gouvernement, au besoin de le rappeler lorsque les gouvernants s’en sont éloignés volontairement ou non. Tels furent en leur temps les enseignements des Papes tout particulièrement dans leurs encycliques :

-          Diuturnum Illud de Léon XIII sur l’origine du pouvoir civil ;

-          Immortale Dei de Léon XIII sur la constitution chrétienne des États ;

-          Quas Primas de Pie XI sur la Royauté sociale de Notre Seigneur,

ou encore ceux du Cardinal Pie dans ses admonestations à l’Empereur Napoléon III.

Mais il n’est pas dans la mission de l’Église de se substituer aux gouvernants politiques dans l’exercice de leur mission.


« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »

La réponse de Notre Seigneur aux Pharisiens au sujet de l’impôt à payer (Matt XXII, 21), ne signifie pas qu’il puisse y avoir deux mondes distincts, le monde de Dieu et le monde de César. César a des comptes à rendre à Dieu aussi bien – et même plus – par ses actes de gouvernant que par ses actes personnels. La liberté dont il jouit dans le gouvernement du peuple est une liberté de moyens qui s’inscrit dans l’ordre naturel voulu par Dieu. C’est d’ailleurs par l’exercice de sa liberté qu’il engage sa responsabilité de gouvernant.

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