Mission du chef politique

D’après Saint Thomas – De regno ad regem Cypri

« Instruit donc par la loi divine, le prince doit porter son principal effort à la manière dont la multitude qui lui est soumise mènera une vie bonne. »

« Cet effort se divise en trois points :

-          d’abord instituer une vie bonne dans la multitude qui lui est soumise

-          deuxièmement, l’ayant établie, la conserver

-          troisièmement, l’ayant conservée, la faire progresser. »

« Or pour qu’un homme mène une vie bonne, deux conditions sont requises :

-          l’une, la principale, est d’agir selon la vertu

-          l’autre, secondaire et comme instrumentale, consiste dans la suffisance des biens corporels dont l’usage est nécessaire à l’acte de vertu. »

« L’unité elle-même de l’homme est causée par la nature, mais l’unité de la multitude que l’on appelle paix, doit être procurée par le gouvernant.

Ainsi donc, pour instituer une vie bonne de la multitude, trois conditions sont requises :

-          Premièrement, que la multitude soit établie dans l’unité de la paix

-          Deuxièmement, que la multitude unie par le lien de la paix soit dirigée au bien agir

-          Troisièmement, il est requis que par l’activité du gouvernant, il y ait quantité suffisante de choses nécessaires au bien vivre. »

« Trois choses ne permettent pas au bien public de se maintenir et l’une d’elle provient de la nature :

-          le bien de la multitude ne doit pas être établi pour un temps seulement, mais pour qu’il se prolonge d’une certaine manière toujours. Or comme les hommes sont mortels ils ne peuvent durer toujours

-          un autre empêchement consiste dans la perversité des volontés, soit qu’elles soient négligentes à accomplir les devoirs que requiert la chose publique, soit même qu’elles soient nuisibles à la paix de la multitude

-          un troisième empêchement à la conservation de la chose publique a une cause extérieure : c’est le cas de l’invasion, l’ennemi détruit et anéantit parfois le royaume ou la cité. » 

« Une troisième tâche s’impose donc au prince :

-          la première concerne la succession des hommes et le remplacement de ceux qui remplissent les divers offices

-          deuxièmement, il doit, par ses lois et ses préceptes, par ses châtiments et ses récompenses, détourner de l’iniquité les hommes qui lui sont soumis et les amener à des œuvres vertueuses

-          troisièmement, le prince a la charge pressante de mettre en sécurité contre les ennemis la multitude qui lui est soumise. »

« Pour l’institution d’une multitude bonne, il reste une troisième tâche appartenant à l’office du prince : celui-ci doit se soucier du progrès, et ceci en s’appliquant, sur tous les points dont nous avons parlé :

-          à corriger ce qui peut être désordonné

-          à suppléer ce qui peut manquer

-          à parfaire ce qui peut être amélioré. »

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