Armée – Police – Magistrature

Les controverses idéologiques relatives au rôle de l’armée, de la police et de la justice ne sont que la traduction d’un débat sur l’emploi de la force et des conditions de cet emploi.
Confondant, souvent volontairement, force et violence, et surtout violence bienfaisante et violence malfaisante, les tenants de la dialectique partagent le monde en deux camps :
-    celui des pacifistes ;
-    celui des bellicistes.

Force et violences
La force est une vertu qui manifeste les effets de la plénitude de ce qui est en ordre.
Si cette plénitude est menacée apparaît alors la violence.
La violence naît du désordre, soit qu’elle ait à réagir contre ce désordre, soit qu’elle lui appartienne.
La force est UNE comme la vérité.
La violence est :
-    juste, bienfaisante, reconstructrice lorsqu’elle s’attache à la défense ou à la restauration de l’ordre vrai.
-    malfaisante lorsqu’elle s’applique à détruire l’ordre humain et divin.
« Toujours assurément, les méchants ont persécuté les bons, les bons ont persécuté les méchants : ceux-là pour servir leurs passions, ceux-ci la charité. Celui qui assassine ne considère pas ce qu’il déchire, celui qui soigne considère ce qu’il coupe. Celui-là en veut à la santé, celui-ci à la pourriture. Les impies ont tué les prophètes, les prophètes aussi ont tué les impies. Les Juifs ont fouetté le Christ, le Christ aussi a fouetté les Juifs. Les Apôtres ont été livrés par des hommes à la puissance des méchants ; mais les Apôtres aussi ont livré des hommes à la puissance de Satan.
En tout cela, que faut-il considérer, sinon lequel agit pour la vérité, lequel pour l’iniquité, lequel en vue de nuire, lequel en vue de corriger ? »
                                St Augustin

Plus le désordre augmente, plus la violence, sous ses deux formes contradictoires ne peut manquer d’augmenter aussi. Car la violence sous ses deux formes contradictoires est le signe de la contradiction même de tout désordre. L’ordre vrai étant, lui, harmonie, unité, force.

Force et raison
Est-il « raisonnable » que l’homme, être raisonnable, se batte, utilise la force dont le résultat de l’emploi peut être aléatoire ?
L’emploi de la force peut-il être un droit ?
C’est précisément lorsqu’on ne peut plus faire « entendre raison », dans la mesure où la sagesse est impuissante à résoudre les problèmes que les hommes en viennent aux mains, aux armes, à la violence, à la guerre.
Héritage du péché originel.


Le recours à la force dans l’Écriture
Les passages sont nombreux dans l’Ancien Testament (Exode chap. XXI – XXII – XXXII –Lévitique chap. XX – XXI – XXIV)
Dans le Nouveau Testament :
-    Réponse de Saint Jean Baptiste à des hommes d’armes : « Ne molestez personne. Ne dénoncez pas faussement. Contentez vous de votre solde. »
-    Admiration de Notre Seigneur devant la foi du centurion à qui il ne demande pas pour autant de quitter l’armée.
-    Saint Paul : « Crains si tu fais le mal, car ce n’est pas pour rien que (l’autorité civile) porte le glaive. Elle est un instrument de Dieu pour faire justice et pour châtier les coupables. »

L’enseignement de l’Eglise
Saint Thomas (Est-il permis de tuer pour se défendre ?) :
« Une telle action sera licite si l’on ne vise qu’à protéger sa vie puisqu’il n’y a rien de plus naturel à un être que de se maintenir de tout son pouvoir dans l’existence … De plus, il n’est pas de nécessité de salut que l’homme renonce à l’acte d’une défense mesurée pour éviter le meurtre d’un autre ; car il est davantage tenu de pourvoir à sa propre vie qu’à celle de son prochain. » - Sum Théo II - II - 64 – art. 7
L’intention de tuer peut être elle-même légitime pour assurer sa propre défense :
« en rapportant cette action au bien public ; c’est le cas du soldat qui combat contre les ennemis de la patrie. » - Sum Théo II - II - 64 – art. 2 et 3

Les biens à défendre
Ce sont ceux qui méritent de l’être et qui font la gloire d’une nation :
-    ses valeurs spirituelles ;
-    ses valeurs intellectuelles ;
-    ses valeurs matérielles.
C’est le patrimoine, tant au plan personnel qu’au plan de la communauté, acquis et développé honnêtement, légué par nos ancêtres.
 « Le précepte de la paix est de droit divin. Sa fin est de protéger les biens de l’humanité en tant que biens du Créateur. Or parmi ces biens, il en est de telle importance pour la communauté humaine que leur défense contre une injuste agression est, sans aucun doute, pleinement justifiée. »
                                Pie XII – 24 décembre 1948

L’armée

N’étant pas, de par sa nature, un corps intermédiaire, l’armée, bras exécutif du pouvoir, ne peut avoir d’autre politique et d’autre fin que celles du chef de l’Etat, dans la mesure où celui-ci est supposé n’avoir d’autre fin que le service du peuple en vue de son bien commun.
Unité spirituelle indispensable de l’armée et de l’Etat donc.

Mais unité spirituelle de l’armée et du peuple tout aussi nécessaire. Nécessité d’un consensus entre le peuple et son armée dont l’acuité est plus forte en raison des multiples tentatives de déstabilisation menées par la Révolution. Par un juste retour des choses, un peuple qui ne soutient pas son armée s’expose à être mal soutenu par celle-ci.

La police
L’armée est le bras dont dispose le chef d’un Etat pour faire face aux assauts venus de l’extérieur.
La police est le bras dont dispose ce même chef d’Etat pour assurer l’ordre intérieur.
La nécessité d’une police nationale n’exclut pas la constitution de polices locales (municipales). En application du principe de subsidiarité, la police nationale intervient lorsque la police locale ne dispose pas ou plus des moyens et ressources nécessaires à l’accomplissement de sa mission.
Il est vain de promulguer des lois, pour autant qu’elles soient conformes au bien commun, si elles ne sont pas respectées. Le droit ne peut être respecté que s’il peut disposer de la force nécessaire à son application. Cette force au service du droit, c’est la police qui l’assure.


La magistrature
Au même titre que l’armée, la police, les finances générales, la diplomatie, la magistrature fait partie des fonctions régaliennes de l’Etat.
La magistrature a pour mission générale :
-    d’engager l’instruction des délits commis par les personnes qui lui sont présentés par les forces de l’ordre ;
-    de se prononcer sur leur culpabilité ou leur innocence,
-    d’appliquer aux délinquants les peines prévues par la loi.

Ce service de l’Etat lui interdit d’exercer sa mission de façon arbitraire, en particulier dans la détermination des peines à appliquer aux coupables. Elle doit respecter l’échelle des sanctions préalablement établie par la loi.
Il lui appartient également d’arbitrer les conflits entre personnes ou groupements.
Dans l’estimation des peines, le pouvoir judiciaire doit tenir compte :
-    de l’importance du délit ;
-    des circonstances dans lesquelles il a été commis ;
-    de l’importance sociale de la victime ;
-    de la personnalité du coupable et de ses méfaits antérieurs éventuels (récidive) ;
Enfin, le pouvoir judiciaire n’a pas à renoncer aux poursuites d’une personne au motif de ses fonctions politique, économique ou sociale. Au besoin, des procédures spéciales peuvent être mises en place pour de tels cas.
Dans un Etat à constitution catholique, des dispositions spéciales sont prises concernant les délits commis contre la religion, ses prêtres et ses biens soit par recours à des tribunaux ecclésiastiques, soit par recours à des tribunaux civils saisis par l’autorité ecclésiastique.
Dans le cas particulier de délits commis par des prêtres, ce sont les tribunaux ecclésiastiques qui prononcent la peine.
Emanation de l’Etat, la magistrature n’est pas un corps intermédiaire.

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