L’autorité de Dieu sur la société ou le Christ-Roi

Pie XI. Quas primas. 1925

(Encyclique instituant une fête du Christ-Roi.)

 

Jean Ousset. Pour qu’Il règne. Paris. La Cité Catholique. 1959. 919 p.

(Exposé magistral de la doctrine de la Royauté politique et sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, de ses applications et des oppositions qui lui sont faites.)

 

« Le moment n’est pas venu pour Jésus-Christ de régner ? Eh bien ! Alors le moment n’est pas venu pour les gouvernements de durer. »

Cardinal Pie à Napoléon III

 

La notion d’autorité de Dieu sur la société est la clé de voute de la Doctrine sociale de l’Eglise.

 

En effet, dès lors que nous reconnaissons que Dieu a fixé aux hommes des règles pour vivre harmonieusement en société et Lui rendre les hommages qui Lui sont dus, tout catholique doit travailler à l’établissement d’une société conforme à cette volonté de Dieu dont les principes sont édictés dans la doctrine sociale de l’Eglise, mise en place et pratiquée depuis que le christianisme a inspiré nos sociétés et codifiée depuis que des idéologies ont porté atteinte au modèle de société promu par l’Eglise.

 

L’autorité de Dieu s’exerce sur la société, comme le montre bien la formule du Notre Père : « Que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Autrefois cette autorité de Dieu sur la société ne faisait pas de difficultés : elle était une évidence que personne ne contestait. Il a fallu toute la hargne de la Révolution pour occulter ou faire disparaître cette notion dans la pratique. L’autorité de Dieu sur la société s’identifie à la notion de Royauté sociale et politique de Notre Seigneur Jésus-Christ.

 

Le Christ est Roi - de droit et de fait - de tous les hommes, même si tous ne veulent pas encore reconnaître sa Royauté (tous la reconnaîtront de fait après leur mort) : sa Loi d’amour - ses commandements - s’imposent à tous les hommes et nous serons tous jugés par Lui.

 

Certes sa Royauté ne provient pas de ce monde (sa Royauté est en effet d’origine divine) : « Mon Royaume n’est pas de ce monde. » (« non est de hoc mundo »). Mais sa Royauté s’exerce sur le monde : en effet, à la question de Pilate : « Tu es donc roi ? », Notre-Seigneur répond : « Tu le dis, Je suis Roi »(« Rex sum ego »).

 

Reconnue intérieurement, la Royauté du Christ s’exprime par une vie dans la crainte de Dieu et l’amour pour Dieu. C’est d’ailleurs seulement à cette condition que chacun pourra trouver la paix et le vrai bonheur : « Que vous mangiez ou que vous buviez, faites-le pour la gloire de Dieu », dit saint Paul.

 

Cette royauté n’est pas seulement intérieure, elle est aussi extérieure et elle doit se manifester à travers un culte public rendu au Christ : ce culte n’est pas facultatif, il est au contraire obligatoire pour tous, dirigeants comme simples particuliers : « les gouvernants et les magistrats ont l’obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public ».

 

« Son empire ne s'étend pas exclusivement aux nations catholiques ni seulement aux chrétiens baptisés, qui appartiennent juridiquement à l'Eglise même s'ils se sont égarés loin d'elle par des opinions erronées ou séparés de sa communion par le schisme; il embrasse également et sans exception tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l'empire du Christ Jésus, c'est, en stricte vérité, l'universalité du genre humain ». Léon XIII Lettre encyclique Annum sacrum, 25 mai 1899

 

« Et, à cet égard, il n'y a lieu de faire aucune différence entre les individus, les familles et les Etats; car les hommes ne sont pas moins soumis à l'autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée ».

 

Lorsque la Royauté du Christ est établie officiellement dans une société, c’est-à-dire lorsque le corps social tout entier vit selon les principes de la loi morale naturelle et surnaturelle, et qu’il honore le Christ comme Roi, cette société est véritablement catholique. La société catholique est une condition favorable, une aide donnée à chacun pour vivre plus facilement selon la vertu. Cependant elle ne résout pas à elle seule tous les problèmes, et ne fait pas automatiquement de chaque homme un fervent et fidèle chrétien (il faut pour cela que chacun fasse des efforts pour se convertir individuellement), mais elle y contribue par la foi qu’elle défend, les bonnes mœurs qu’elle met en avant ainsi que les erreurs et les mauvaises mœurs qu’elle réprime.

 

C’est un devoir pour les catholiques fidèles que de chercher à faire régner le Christ dans la société, et jusque dans l’Etat, pour le plus grand bien de tous. La Royauté politique et sociale de Jésus-Christ est d’ailleurs le but final de toute politique chrétienne.

 

« Quoiqu’il fasse, même dans l’ordre des choses temporelles, le chrétien n’a pas le droit de mettre au second rang les intérêts surnaturels ; bien plus, les règles de la doctrine chrétienne l’obligent à tout diriger vers le souverain bien comme vers la fin dernière (...) ». Saint Pie X. Singulari quadam. 24 septembre 1912

 

Le Règne du Christ sur la terre, qui est la reconnaissance par les individus et les institutions de la dépendance de toute créature à l’égard de Dieu, accompagnée de la volonté ferme de l’honorer publiquement et de se soumettre totalement à sa Loi divine de la Charité, n’a absolument rien à voir avec l’utopie libérale, socialiste, maçonnique ou personnaliste d’un Paradis terrestre conçu comme un « épanouissement » de l’homme à travers la satisfaction matérielle de tous ses besoins et désirs ici-bas. Dans le premier cas, c’est l’esprit de sacrifice qui élève l’âme vers Dieu qui est mis en avant, dans le second cas, c’est l’esprit de jouissance, abaissant l’âme vers la Créature : le premier conduit au Ciel, le second en Enfer (cf. la Lettre sur le Sillon de saint Pie X).

 

Aujourd’hui les principes qui régissent la société française sont à l’opposé de ceux promus par le christianisme. A défaut de pouvoir établir une société qui reconnaisse la Royauté du Christ, les catholiques ont pour devoir de s’impliquer dans la vie de la Cité pour influer dans un sens chrétien, autant qu’il leur est possible, les décisions des dirigeants à chaque niveau  du corps social.

 

APPLICATION PRATIQUE

 

Il est normal qu’un maire catholique cherche à mettre sa commune sous la protection divine, d’une part parce que les sociétés, comme les individus, ont le devoir de reconnaitre l’autorité de Dieu sur eux, et d’autre part parce que les dirigeants de la commune et les habitants de celle-ci recevront de cette façon une abondance de grâces divines pour accomplir leur mission. C’est dans cet esprit que depuis des siècles des maires ont consacré leur commune au Sacré-Cœur. Si l’habitude s’est perdue chez beaucoup, certains l’ont maintenue, comme par exemple à Toulon, Montfermeil, Bollène.

 

Le déroulement peut être le suivant : fin juin, lors de la fête liturgique du Sacré-Cœur, le maire, accompagné du curé ou d’un prêtre, de quelques élus et de fidèles catholiques de sa commune, réunis dans la principale église de celle-ci, lit l’acte de consécration de sa commune au Sacré-Cœur de Jésus, la plaçant, elle et tous ses habitants, sous la protection du Cœur Sacré de Jésus.

 

L’Action Familiale et Scolaire propose des petits fascicules pour préparer cette consécration : La consécration d’une commune au Sacré-Cœur et Le culte du Sacré-Cœur dans les foyers et les villes. Bien sûr, ces consécrations provoqueront des réactions hostiles de la part des laïcistes, qui dénonceront avec véhémence une « insulte à la laïcité et aux valeurs de la République ». Les maires catholiques pourront renvoyer leurs contempteurs à la soirée du ramadan de Delanoë, maire de Paris. Ils pourront aussi  déclarer qu’ils ne font que perpétuer une  tradition chrétienne de la France et de l’Europe. Ces prières relèvent de nos traditions, de notre identité chrétienne, tout comme la bénédiction de la mer et des bateaux dans de nombreuses villes du littoral, ainsi que les fêtes de village ou les cérémonies du 11 novembre commençant par une cérémonie religieuse ou une messe. Cette consécration attire sur la commune les grâces et la protection célestes.

 

Notons qu’un conseiller municipal catholique isolé peut faire cet acte de consécration, seul, en suppléance d’une véritable autorité catholique municipale.

 

Autre exemple : l’affirmation de la présence de Dieu dans nos rues à travers l’installation de crèches à Noël dans l’espace public de la commune.

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1-Cet aspect gêne les catholiques libéraux car il est incompatible avec leur fausse « doctrine » de la « liberté religieuse ».

2-Evangile selon saint Jean, ch.18, v. 36 et 37.

3-Pie XI. Quas Primas. 11 décembre 1925

4-Ibid.

5-A.F.S., 31 rue Rennequin, 75 017 Paris, Tel. 01 46 22 33 32

6-Chaque année depuis 2001, la mairie de Paris organise, au début du ramadan, une nuit du ramadan, avec concert, suivi d’un « iftar léger», ou repas de rupture de jeûne - destiné donc à un public musulman -, d’un coût total d’environ 100 000 €, à savoir 70 000 € pour le concert et 29 000 € pour l’« iftar léger» (source : lefigaro.fr : « polémique autour de la nuit de ramadan de la mairie de Paris »).

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