Le pouvoir politique

  1. Nature du pouvoir politique

 

On désigne par pouvoir politique les institutions qui, dans une société donnée, exercent une fonction de commandement sur le reste du peuple, à savoir, pour un Etat, le chef de l’Etat et son gouvernement, qui donnent les ordres, et l’administration, qui les exécute.

On appelle autorité politique un pouvoir politique légitime.

 

  1. La nécessité du pouvoir politique et ses conséquences

 

« Comme nulle société ne saurait exister sans un chef suprême qui imprime à chacun une même impulsion efficace vers un but commun, il en résulte qu’une autorité est nécessaire aux hommes constitués en société pour les régir »

Léon XIII. Immortale Dei. 20 avril 1885

 

La nécessité d’un pouvoir politique implique de rejeter le dogme révolutionnaire de l’égalité sociale et au contraire de reconnaître que les inégalités de condition sont naturelles et bonnes :

 

« La société humaine, telle que Dieu l’a établie, est composée d’éléments inégaux, de même que sont inégaux les membres du corps humain ; les rendre tous égaux est impossible; ce serait la destruction  de la société elle-même. »

Premier article du Règlement fondamental de l’action populaire chrétienne promulgué le 18 décembre 1903 par saint Pie X

 

  1. Pouvoir politique et bien commun

 

Le pouvoir politique est chargé d’orienter vers le bien commun la société politique. Il doit même exercer continuellement son action en vue du bien commun de la société dont il a la charge. Si il ne sert que son bien propre ou le bien d’un petit nombre d’individus (ce qui est contraire à sa finalité), le pouvoir exercé devient injuste et le refus d’obéissance sous certaines conditions bien déterminées est permis - et même obligatoire si celui qui dirige demande à ses subordonnés d’agir contre le bien commun ou de faire le mal en soi.

 

« L’autorité civile ne doit servir, sous aucun prétexte, à l’avantage d’un seul ou de quelques-uns, puisqu’elle a été constituée pour le bien commun. » Léon XIII. Immortale Dei.  1er novembre 1885

 

Attention : le pouvoir politique n’a pas à déterminer, à rechercher ou à décider en quoi consiste le bien commun en soi. Le bien commun d’une société est toujours et partout le même ; il est immuable, intangible, connu de tous - implicitement au moins. Personne n’a à en débattre. Le bien commun, c’est la vie selon la vertu, qui requiert la paix, la justice et la prospérité. La question qui se pose au pouvoir politique est uniquement celle de la recherche des meilleurs moyens pour parvenir à ce bien commun.

 

« C’est à cela que doit s’appliquer par-dessus tout celui qui dirige la collectivité humaine : procurer l’unité qui fait la paix. Ce serait de sa part une erreur de délibérer s’il doit établir la paix dans la société qui lui est soumise ; erreur semblable à celle d’un médecin qui se demanderait s’il doit guérir le malade confié à ses soins ; personne ne doit délibérer de la fin qu’il doit poursuivre, mais des moyens qui mènent à cette fin. »

Saint Thomas d’Aquin, De Regno. I, 2.

 

Le pouvoir politique, qui ordonne ses subordonnés au bien commun, a le devoir de les conduire à un degré toujours plus grand de perfection.

 

« Le roi, instruit dans la loi divine, doit donc faire porter son principal effort sur la manière dont la multitude de ses sujets pourra mener une vie bonne.

Cet effort consiste en trois points : premièrement, établir la vie vertueuse dans la multitude qui lui est soumise ; deuxièmement, la conserver une fois établie ; troisièmement, non seulement la conserver, mais la faire progresser. »

Saint Thomas d’Aquin, De Regno. I, 15.

 

  1. Les moyens d’actions du pouvoir politique 

 

Pour conduire ses ressortissants dans la direction du bien commun, le pouvoir politique doit édicter de bonnes lois. En effet, la loi, par son caractère obligatoire, a une influence déterminante sur le peuple pour l’amener à bien agir, en lui donnant des « habitus » vertueux, comme le rappelle saint Thomas d’Aquin citant Aristote (Polit., II, 8):

 

« Le législateur moralise le peuple par la coutume. »

Saint Thomas d’Aquin. Somme théologique. Ia-IIae, q.92, a. Ier, ad I

 

« Une personne privée ne peut pas pousser efficacement à la vertu. Elle peut seulement donner un avertissement ou un conseil ; mais c’est en vain, si elle n’a pas pouvoir de contrainte ; la loi, au contraire, possède ce pouvoir, et peut donc, elle, incliner efficacement à la vertu, comme le disait déjà Aristote » (S. Theol., Ia-IIæ, q. 90, ad. 2).

 

Le pouvoir politique doit bien sûr faire comprendre le bien-fondé des bonnes lois qu’il édicte et donc mener une action de propagande, au sens noble du terme, par l’utilisation des moyens de communication dont il dispose et par l’exemple des chefs eux-mêmes. Mais il ne doit pas non plus hésiter, lorsque cette persuasio ne donne pas de résultat, à recourir à la contrainte.

 

« (...) il faut que, par ses lois et ses décrets, les châtiments et les récompenses, [le roi] détourne ses sujets de l’iniquité et les incite à des œuvres conformes à la vertu ; prenant modèle sur Dieu qui a donné des lois aux hommes, récompense ceux qui les observent et  châtie ceux qui les transgressent. »

Saint Thomas d’Aquin, De Regno. I, 15.

 

Pour cela, celui qui dirige doit « être investi du pouvoir de commander avec une autorité vraie et effective ».

 

  1. Les qualités du chef exerçant le pouvoir politique 

 

Le chef chrétien qui exerce le pouvoir politique doit s’appliquer à acquérir  les vertus morales naturelles de prudence, de justice, de force et de tempérance, et aussi de vivre de la vertu surnaturelle de charité. En effet, parce qu’il recherche - sans jamais l’atteindre bien sûr - la perfection chrétienne, le chef chrétien est bien moins enclin à tirer profit pour lui-même du pouvoir qu’il exerce que n’importe quel autre individu qui ne se sentirait pas responsable de ses actes devant Dieu.

 

  1. Les limites du pouvoir politique    

 

Il existe, au-dessus des pouvoirs humains, une autorité religieuse et divine, à laquelle ceux-ci sont soumis indirectement lorsque la foi ou la morale sont en cause.

 

«  L’absolutisme d’Etat (qui ne saurait se confondre, comme tel, avec la monarchie absolue, dont il n’est pas question ici) consiste dans le principe erroné que l’autorité de l’Etat est illimitée, et qu’en face d’elle, même quand elle donne libre cours à ses vues despotiques en dépassant les frontières du bien et du mal, on n’admet aucun appel à une loi supérieure qui oblige moralement. »

Pie XII. Radiomessage de Noël 1944

 

APPLICATIONS PRATIQUES

 

Le maire exerce son pouvoir de façon légitime lorsqu’il travaille effectivement au bien commun de sa commune et non à son bien propre ou à celui de ses amis. Il doit donc exercer son pouvoir dans un esprit de service du bien commun de ses administrés, dans les divers domaines de celui-ci : sécurité, paix, justice et prospérité.

 

Il a ainsi l’obligation, dans le domaine de la sécurité civile, de veiller à prendre toutes les mesures nécessaires ou utiles face aux risques naturels ou technologiques et face aux éventuelles nuisances pour la santé des habitants - pollutions de toutes sortes. Il doit aussi garantir effectivement la paix intérieure de la commune, soit directement grâce aux services municipaux - action sociale -, soit indirectement par l’intermédiaire d’associations municipales ayant une réelle utilité sociale.

 

Il doit encore veiller à l’établissement d’une bonne législation, en prenant des arrêtés favorables à l’ordre moral et en veillant à leur exécution grâce à une police municipale efficace, et en ayant recours à tout un arsenal juridique de lois qui existent mais dont bien souvent plus personne ne cherche à appliquer.

 

Il doit enfin veiller à la prospérité économique de sa commune, en aidant autant qu’il le peut l’activité économique à se maintenir ou à se développer sur le territoire de celle-ci. Il doit être partie prenante dans les affaires économiques de sa commune, même si les principaux leviers en ce domaine se situent le plus souvent au niveau de la communauté de communes ou plus haut encore - conseil départemental, régional, voire même institutions européennes -, par l’entretien constant de la voirie, la location à des tarifs très faibles de locaux municipaux, une fiscalité attractive favorisant l’implantation d’entreprises, et le développement du commerce et de l’artisanat,  par exemple.

 

_________________________

1-Inégalité ne signifie pas injustice : on peut avoir des qualités différentes qui font qu’on occupe des fonctions différentes et hiérarchisées, cela ne signifie pas pour autant que les uns sont moins dignes que les autres. Relire à ce sujet le beau texte de Charles Maurras sur l’inégalité protectrice dans Mes idées politiques.

2-Le chef devient alors ce qu’on appelle un tyran (attention : les tyrans peuvent exister aussi bien dans les démocraties que dans les dictatures ou les monarchies ; ce n’est pas la nature du régime politique qui est en cause lorsqu’on parle de tyrannie, mais la manière d’agir du chef).

3-Il faut notamment que cette résistance n’ait pas des conséquences pires que l’attitude tyrannique du chef.

4-Par roi, il faut comprendre la pouvoir politique ou le chef de l’Etat.

5-Pie XII. Radiomessage de Noël 1944.

6-Cette position catholique, rappelée par nos papes est en opposition frontale avec les principes de la République, du moins telle qu’elle est pratiquée en France : « Non à une morale qui primerait sur la loi civile » affirmait Jacques Chiracdans Le Monde du 4 avril 1995.

icone pdf