Le bien commun

Bien commun et fin de l’homme

La fin de l’homme est de jouir du souverain Bien, à savoir Dieu lui-même. Il lui faut, pour cela et à tout moment, utiliser tous les moyens (spirituels, moraux, intellectuels, matériels) dont il dispose et ceux auxquels il peut accéder.

« Le bien de l’univers est la raison pour laquelle Dieu veut chaque bien particulier au sein de l’univers. Dieu veut que l’homme ait une raison pour qu’il soit homme ; il veut que l’homme existe pour l’achèvement de l’univers ; il veut le bien de l’univers envers sa propre bonté. »

                                                                       Saint Thomas – Somme contre les Gentils - I 86

Il ne peut y arriver par ses propres forces, quelle que pourrait être l’intensité de son désir et de sa volonté. Il a besoin du soutien des communautés auxquelles il appartient.

Cette fin étant offerte à tous les hommes sans exception, il est de la mission de chacun d’aider son prochain à atteindre la fin pour laquelle il a été créé. La recherche du souverain Bien n’est donc pas seulement une affaire strictement privée. Elle a une dimension sociale qui en fait un « bien commun ».

« Tous les biens de la terre, tous les trésors de la grâce appartiennent en commun et indistinctement à tout le genre humain, et il n’y a que les indignes qui soient déshérités des biens célestes. »

                                                                       Léon XIII – Rerum Novarum – 1891 - § 457

Bien commun et biens intermédiaires

La notion de « bien commun » recouvre en réalité un ensemble cohérent d’un grand nombre de biens allant du bien privé personnel au bien commun général en passant par toute une série de biens intermédiaires de nature et d’importance variées.

Il existe ainsi une double hiérarchie des biens tous ordonnés au bien commun le plus élevé :

-          primauté des biens spirituels sur les biens matériels ;

-          primauté des biens de la communauté sur les biens individuels.

Hiérarchie des biens

« Quand un conflit risque d’éclater entre les intérêts de la personne et les intérêts de la société, la règle est simple : il n’est jamais permis de sacrifier directement un bien d’ordre supérieur à un bien d’ordre inférieur. Plus précisément…l’avantage ne doit pas être accordé nécessairement au partenaire le plus important, mais au partenaire qui met en cause dans ce conflit, le bien commun le plus élevé et le plus étendu.

Il n’est donc jamais permis de préférer un bien d’ordre inférieur quelconque au bien commun universel…Ce serait attaquer le bien le plus commun, autant dire Dieu. »

                                                           J. M. Vaissière – Les fondements de la cité – chap. 2

Primauté des biens spirituels

« Sur toutes les vertus, l’emportent celles qui ordonnent au bien divin. Le bien divin l’emporte sur tout bien humain ; et dans les biens humains, le bien public l’emporte sur le bien privé. »

                                                           Saint Thomas – Som. Théol. II, II, 117, 6

La faiblesse naturelle de l’homme, aggravée par le péché originel, sa constitution faite d’une âme et d’un corps, lui rend difficile la poursuite du bien final suprême. Parmi les aides sur lesquelles il peut compter figurent des biens intermédiaires, biens spirituels pour l’âme et biens matériels pour le corps, qui doivent être ordonnés au bien final suprême et ne sont donc que des moyens.

« Les biens de la terre sont naturellement ordonnés à la vie de l’esprit et à une perfection plus haute de la vie civile, morale et religieuse, nécessaire à l’homme raisonnable. »

                                                                                  Pie XII – Message du 24 décembre 1943

Primauté des biens de la communauté

« Il faut préférer le salut de la multitude à la paix de quelques hommes particuliers. Aussi quand certains, par perversité, empêchent le salut de la multitude, le prédicateur ou docteur ne doit pas craindre de les offenser afin de pourvoir au salut de tous. »

                                                           Saint Thomas – Somme contre les Gentils – III, 42, 2

« Le Bien universel l’emporte sur tout bien particulier, de même que le bien d’une nation est meilleur que le bien d’un seul. La bonté et la perfection du tout l’emportent sur la bonté et la perfection de la partie. »

                                                           Saint Thomas – Somme contre les Gentils – I, 41

« De même que l’homme est partie d’une famille, de même la famille est partie d’une cité : la cité est la communauté parfaite comme dit Aristote. C’est pourquoi, de même que le bien d’un seul homme n’est pas la fin dernière, mais est ordonné au bien commun, de même le bien d’une famille est ordonné au bien de la cité, qui est la communauté parfaite. »

                                                           Saint Thomas – Som. Théol. I, II, 90, 3

« Celui qui cherche le bien de la multitude cherche, par voie de conséquence, son bien propre, et cela pour deux raisons. La première est que le bien propre ne peut exister sans le bien commun soit de la famille, soit de la cité. Ainsi Valère Maxime dit-il des anciens Romains qu’ils aimaient mieux vivre pauvres dans un Etat riche que riches dans un Etat pauvre. La seconde raison est que l’homme étant une partie de la maison et de la cité, il doit considérer ce qui est bon pour lui d’après ce qui est prudent quant au bien de la multitude. »

                                                           Saint Thomas – Som. Théol. II, II, 47, 10

« Il est naturel que la partie s’expose pour la conservation du tout : ainsi, la main s’expose au coup, sans délibération, pour la conservation du corps tout entier. Et comme la raison imite la nature, nous trouvons une inclination de ce genre dans les vertus politiques : ainsi le citoyen vertueux s’expose à la mort pour la conservation de la cité entière. »

                                                           Saint Thomas – Som. Théol. – I, 60, 5

« Le bien de la multitude (une armée) est plus grand que le bien d’un seul (le soldat) individu de cette multitude ; de même ce bien commun est moindre que le bien extérieur auquel la multitude est ordonné (la victoire) : de la même façon que ce bien commun qu’est l’ordre de l’armée est inférieur au bien du chef. »

                                                           Saint Thomas – Som. Théol. – II, II, 39, 2

« Quand les choses sont ordonnées à une fin, elles tombent sous la juridiction de celui auquel convient principalement cette fin, ainsi qu’il apparaît dans une armée : toutes les parties de l’armée, et leurs opérations sont ordonnées au bien du chef, qui est la victoire, comme à une fin dernière ; et pour cette raison il appartient au chef de gouverner toute l’armée. »

                                                           Saint Thomas – Somme contre les Gentils – III, 64

Bien commun – biens sociaux

Puisque l’homme est un être social et politique, que sa vie se déroule au sein de plusieurs communautés, l’action de ces communautés doit s’inscrire dans l’atteinte du bien commun de chacun des personnes qui les composent.

Cela est vrai pour la famille, pour les communautés de travail, l’école, la nation, et toutes les autres formes de communautés, chacune d’entre elles ayant à définir ses biens propres et à en favoriser la réalisation.

« Le bien commun, dont l’acquisition doit avoir pour effet de perfectionner les hommes, est principalement un bien moral. Mais, dans une société bien constituée, il doit se trouver encore une certaine abondance de biens extérieurs dont l’usage est requis à l’exercice de la vertu. »

                                                           Léon XIII – Rerum Novarum – 1891 - § 466 - 467

Bien commun et lois

L’organisation de la vie sociale nécessite l’élaboration de règles, de règlements, de lois civiles et ceux qui doivent les élaborer doivent les conformer à la loi naturelle pour qu’elles soient aptes à favoriser l’atteinte du bien commun.

« Une loi vise d’abord et en principe le bien commun. Il revient soit à la communauté, soit à celui qui gouverne à sa place, de commander quelque chose en vue du bien commun. »

                                                                                  Saint Thomas – Som. Théol. I,II, q.90 a 3

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